Subantarctiques Jerome Chappellaz 2018
Îles subantarctiques ↦ Découvrir les îles subantarctiques

Découvrir les îles subantarctiques

Le statut des îles subantarctiques

La France possède trois groupes d’îles situés à la limite des océans Indien et Austral :
Crozet, Kerguelen et Amsterdam – Saint Paul.

Ces îles organisées en trois districts ont le statut de Territoire d’Outre-Mer. La représentation de l’État est assurée par l’administration des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Une base est présente dans chacun de ces districts sans population permanente.

Base de Port-aux-Français 49°21’S/70°13’E dans l’archipel des Kerguelen

Base Alfred Faure
46°25’S/51°51’E dans l’archipel de Crozet

Base Martin-de-Viviès 37°41’S/77°31’E sur l’île d’Amsterdam

L’administration des Taaf est responsable de la gestion fonctionnelle de ces bases. L’Institut polaire français a en charge la mise en œuvre des projets scientifiques ce qui inclut la maintenance des laboratoires scientifiques, l’installation de nouveaux équipements de recherche, le ravitaillement et la remise en état des refuges éloignés servant aux différents projets.

L’archipel de Kerguelen 

  • Température moyenne en été : + 7°C 
  • Température moyenne en hiver : + 2°C 

Les bâtiments de la base de Port-aux-Français (logements, ateliers, laboratoires…) occupent une surface de 9.000 m². La station dispose d’un port en eaux peu profondes et d’un quai de déchargement pour les barges assurant la navette avec le navire ravitailleur. 

La station, outre les moyens logistiques nécessaires à son fonctionnement, comprend des laboratoires scientifiques (biologie, géophysique) et des installations techniques (météorologie, télécommunications, suivi des satellites, etc.), ainsi qu’un petit hôpital. 

La desserte de Kerguelen s’effectue par le Marion Dufresne au départ de La Réunion à 3.490 km. La durée du trajet, avec escale à Crozet, est d’une dizaine de jours.

L’effectif de la base est généralement de 60 personnes pendant l’hivernage et peut atteindre 120 personnes en campagne d’été.

Histoire

La première installation permanente date de 1951. Elle a connu un important développement pendant l’Année Géophysique Internationale (AGI). Le site d’implantation de la station a été choisi en raison de sa position abritée et de la faisabilité d’une piste d’aviation qui n’a finalement jamais été réalisée. 

Le 12 février 1772, dans le sud de l’océan Indien, Yves-Joseph de Kerguelen de Tremarec aperçoit une terre où il croit voir le continent Austral, et lui donne le nom de « France australe ». Il fait débarquer un marin pour prendre possession du territoire au nom du roi. Il s’agit en fait des îles Kerguelen qui seront nommées ainsi par James Cook en 1776.

Le début du 19e siècle est marqué par de nombreux séjours de chasseurs de phoques, la plupart britanniques, ainsi que de rescapés de naufrages, fréquents autour de l’archipel. Prévenu de certaines prétentions britanniques et australiennes, le gouvernement français ordonne la prise de possession officielle des îles Kerguelen. Le 1er janvier 1893, l’aviso l’Eure effectue une première prise de possession officielle en Baie de l’Oiseau. Le 7 janvier, une nouvelle cérémonie est faite à Port-Gazelle et un dépôt de vivres pour naufragés y est déposé.

Un décret du gouvernement français du 21 novembre 1924 rattache les îles Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam au district des îles éparses dépendant de la province de Tamatave à Madagascar, colonie française à l’époque. Puis, en 1955, elles deviennent un district des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

On y importe à partir de 1955 des machines mises au point en Australie destinées à l’usine aux phoquiers qui sera construite en 1957 pour le compte de la Société industrielle des abattoirs parisiens (Sidap). L’usine fermera dans les années 1960. Le matériel ne sera rapatrié à la Réunion qu’en 2005 à la suite d’un don de la famille Péchenart.

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Climat

Sub Ker Paysage ArmandPatoir Institutpolairefrançais 2018 (2202)

Placé dans la zone subantarctique, le climat de Kerguelen, de type océanique froid, est rude en raison de la présence d’eaux froides venant de l’Antarctique, avec de la pluie ou de la neige pendant la majeure partie de l’année.

Les étés sont sans chaleur et les hivers doux. Le vent d’ouest souffle continuellement (35 km/h en moyenne), l’archipel se trouvant dans les Cinquantièmes Hurlants. Il dépasse fréquemment les 150 km/h, avec des pointes à plus de 200 km/h. La température moyenne annuelle est peu élevée (4,5°C), d’amplitude faible (entre 0 et 10°C). Les extrêmes absolus, mesurés entre 1951 et 1985, sont de -9,4°C en juin et +23,1°C en avril. Les précipitations sont relativement faibles, 850 mm, si l’on considère leur fréquence élevée, 246 jours.

Sub Ker Paysage ArmandPatoir Institutpolairefrançais 2018 (2305)

Sub Ker Paysage ArmandPatoir Institutpolairefrançais 2018 (2291)

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Archipel de Crozet

  • Température moyenne en été : + 8°C 
  • Température moyenne en hiver : + 4°C 

En 1961, une première mission a lieu sur l’île de la Possession de l’archipel de Crozet. En 1963, la base permanente est construite au-dessus du site de Port-Alfred. Elle est ouverte au premier hivernage en 1964 et reçoit le nom d’Alfred Faure (chef de la première mission) en 1969. 

Chaque année, une quinzaine d’hivernants est hébergée sur la base dont les bâtiments représentent une surface totale de 2.500 m². Une soixantaine de personnes peut y séjourner en campagne d’été. 

La base est desservie par le Marion Dufresne au départ de l’île de La Réunion distante de 2.860 km soit après 6 jours de trajet.

Histoire

Les îles Crozet sont découvertes par l’expédition du navigateur français Nicolas Thomas Marion-Dufresne qui fait débarquer son second, Julien Crozet, sur l’île de la Prise de Possession (actuelle île de la Possession) le 24 janvier 1772.

Celui-ci prend alors possession de l’archipel au nom de la France. James Cook nommera plus tard ces îles d’après ce dernier, ayant également donné le nom de Marion-Dufresne à une île de l’archipel du Prince-Édouard.

Au début du 19e siècle, les îles Crozet sont souvent visitées par des chasseurs de phoques, provoquant leur quasi disparition vers 1835. Après cette date, la chasse à la baleine est la principale activité menée autour de l’archipel. La fréquence des naufrages autour des îles est telle que la Royal Navy y envoie de temps en temps un navire pour récupérer d’éventuels survivants.

Pour réaffirmer la souveraineté de la France en l’absence d’occupation permanente de l’archipel, l’aviso Bougainville est envoyé à Crozet en janvier 1939. Une cérémonie est effectuée sur l’île de la Possession, et une borne portant une plaque de bronze est mise en place au-dessus de la baie du Marin qui reçoit ce nom à cette occasion.

Un décret du gouvernement français du 21 novembre 1924 rattache les îles Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam au district des îles éparses dépendant de la province de Tamatave à Madagascar, colonie française à l’époque. Puis, en 1955, elles deviennent un district des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

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Climat

Les températures ne sont pas extrêmes, mais les îles sont balayées par des vents dominants de secteur ouest à nord-ouest, souvent extrêmement violents sous forme de redoutables tempêtes interdisant pendant plusieurs jours consécutifs l’accès à l’archipel. Les vents dépassent les 100 km/h 100 jours par an. 

Les précipitations sont très abondantes, plus de 2.500 mm par an, et fréquentes : il pleut en moyenne 300 jours par an. La température moyenne annuelle est d’environ 5°C. Les saisons sont peu marquées, au bord de la mer, la température se maintient toute l’année entre -5°C et +15°C.

Subantarctiques Jerome Chappellaz 2018
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Géologie

Les îles Crozet reposent sur un vaste plateau océanique de 4.500 km², limité par l’isobathe -250 m. Elles appartiennent à un vaste massif volcanique que la tectonique a morcelé et dont une grande partie s’est effondrée en mer. 

Aujourd’hui, les témoins de cette histoire sont répartis en 2 groupes d’îles :

  • l’un occidental avec les 12 îlots des Apôtres, l’île aux Cochons et l’île aux Pingouins,
  • l’autre oriental, à 100 km du précédent, avec l’île de la Possession et l’île de l’Est.

C’est le groupe oriental qui est apparu le premier, il y a une dizaine de millions d’années (MA), et le volcanisme s’y manifestait encore il y a quelques dizaines de milliers d’années.

Le groupe occidental, quant à lui, est né il y a un peu plus de 5 MA. Son produit le plus récent est l’île aux Cochons, qui a moins de 500.000 ans et où des épisodes volcaniques très récents (environ 5.000 ans) ont produit de nombreux cônes de scories.

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Ile Amsterdam

Température moyenne annuelle : +12 °C

L’île Amsterdam abrite depuis 1950, la base permanente Martin-de-Viviès dont la surface des bâtiments recouvre 3.000 m². 

Depuis La Réunion, 16 jours de mer à bord du Marion Dufresne, après escales à Crozet et à Kerguelen, sont nécessaires pour atteindre cette île.

Les histoires des îles Saint-Paul et Amsterdam sont liées. En effet, l’île Saint-Paul comme l’île Amsterdam se trouvent au sud de la route entre Le Cap (Afrique du Sud) et les îles de la Sonde (Asie du Sud-Est), c’est-à-dire entre l’Europe et les Indes.

Histoire

L’île Saint-Paul est reconnue pour la première fois par Gysaerths, un navigateur portugais, en 1559. Elle est baptisé Nao Sao Paulo. L’île Amsterdam est quant à elle mentionnée dans le journal de l’expédition de Magellan le 18 mars 1522. 

Observée à plusieurs reprises par des navigateurs au début du 17e siècle, le gouverneur hollandais Van Diemen lui donne le nom de son navire, Nieuw Amsterdam, en 1633.

En 1842, les 2 îles sont redécouvertes par le Franco-Polonais Adam Mieroslawski, qui propose alors au gouverneur de l’île Bourbon (La Réunion) la prise de possession au nom de la France de ces îles désertes ; ce qui est fait le 1er juillet 1843. Cependant, le Royaume-Uni conteste cette prise de possession. Mieroslawski meurt en 1853 et la France renonce officiellement à sa souveraineté sur les 2 îles. En 1892, l’aviso français La Bourdonnais reprend possession des 2 îles, confirmé par le passage d’un autre navire de guerre français L’Eure, de retour des Kerguelen en 1893.

Un décret du gouvernement français du 21 novembre 1924 rattache les îles Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam au district des îles éparses dépendant de la province de Tamatave à Madagascar, colonie française à l’époque. Puis, en 1955, elles deviennent un district des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

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Climat

Les 2 îles bénéficient d’un climat océanique tempéré (pas de neige et de gelée en hiver). La température moyenne annuelle se situe entre 12 et 14°C, avec des extrêmes oscillants entre 2 et 26°C. 

Les précipitations sont de l’ordre de 1.100 à 1.200 mm par an, sur une période d’environ 230 jours de pluie par an. Les vents dominants sont de secteur nord-ouest et correspondent à la limite nord des Quarantièmes Rugissants. La vitesse moyenne annuelle des vents enregistrés au niveau de la mer est de 27 km/h. Les vents violents (> 60 km/h) sont enregistrés 163 jours par an.

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Géologie

Les îles Saint-Paul et Amsterdam appartiennent au même système volcanique, lié conjointement à la dorsale est-indienne et à un point chaud. Elles se trouvent légèrement au sud de la dorsale. Une faille transformante, perpendiculaire à la dorsale et passant entre les 2 îles les a décalées l’une par rapport à l’autre. 

Les 2 îles, qui ont environ 100.000 ans, reposent sur un substratum volcanique de 300.000 ans. Chacune présente 2 épisodes magmatiques distincts : construction d’un paléo-volcan, puis formation d’un néo-volcan dont les produits masquent plus ou moins l’ancien. Un épisode tardif explosif a « égueulé » l’île Saint Paul et une faille en a supprimé une bonne partie nord-est qui a sombré en mer. Le résultat spectaculaire est un lac de cratère de plus d’1 km de diamètre et de 80 m de profondeur, ouvert sur l’océan et protégé par un cordon de galets entaillé par une passe peu profonde (-2 à -3 m).

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La faune et la flore des îles subantarctiques

Les îles australes françaises abritent la diversité spécifique d’invertébrés et de plantes la plus importante des îles subantarctiques. Les vertébrés sauvages y constituent une des biomasses les plus riches de la planète. Plantes et animaux présentent des adaptations originales développées au cours de plusieurs millions d’années d’évolution dans un isolement total, au sein de l’océan, à des milliers de kilomètres de tout continent.

Le nombre des espèces autochtones terrestres est pourtant réduit. Ainsi, seules 22 plantes à fleurs poussent à Kerguelen et 16 à Crozet (contre 3.000 espèces en France métropolitaine). De même, chez les Insectes, on dénombre 11 espèces de Diptères à Crozet et seulement 6 à Kerguelen, contre plus de 6.500 dans l’Hexagone ! Chez les Vertébrés terrestres, on ne rencontre aucun mammifère et seulement 2 espèces d’oiseaux : le canard d’Eaton et le bec-en-fourreau (ou chionis). En revanche ces îles sont régulièrement fréquentées par de nombreuses espèces d’oiseaux marins et par 3 mammifères marins : l’éléphant de mer et 2 espèces d’otaries à fourrure.

Gorfou Sauteur Amsterdam Romain Bazire
Gorfou Sauteur Amsterdam Romain Bazire

Les communautés terrestres sont relativement pauvres, mais l’endémisme est élevé : à Crozet, 90% des invertébrés sont propres à la région subantarctique de l’océan Indien et 55% ne sont présents que sur cet archipel. L’endémisme des espèces végétales est moins marqué, la majorité des espèces poussant dans la plupart des îles subantarctiques. Le lyallia (Lyallia kerguelensis), par exemple, est la seule plante supérieure réellement spécifique de Kerguelen.

Peu aidée par la nature du sol et le climat, la flore des îles australes est assez pauvre et peu diversifiée. Kerguelen et Crozet sont recouvertes, à faible altitude d’un tapis végétal composé d’acæna, d’azorelle et de quelques graminées. En certains endroits, des bois silicifiés témoignent de la présence, dans le passé, de forêts aujourd’hui disparues. À Amsterdam, un périmètre réduit accueille un bois de phylicas (unique arbre des TAAF), seul vestige des forêts qui couvraient l’île avant les incendies d’origine humaine du siècle dernier et l’introduction des espèces allochtones. À Kerguelen, le chou de Kerguelen a beaucoup souffert de l’introduction du lapin. 

Les oiseaux qui ont pu s’adapter aux particularités de ces régions sont typiquement marins. Les plus nombreux sont les manchots. Quatre espèces sont prédominantes dans les îles australes : le royal, le papou, le gorfou sauteur et le gorfou doré (ou macaroni). Elles abritent également au moins 10 espèces d’albatros. Les autres oiseaux marins se répartissent entre pétrels (25 espèces), cormorans, skuas, goélands, sternes, damiers du Cap… Les chionis et les canards d’Eaton sont les seuls oiseaux non marins des TAAF.

L’archipel de Crozet est connu pour être la plus grande réserve naturelle d’oiseaux au monde. On le surnomme d’ailleurs « l’archipel aux 25 millions d’oiseaux » : 36 espèces d’oiseaux s’y reproduisent, dont 6 espèces d’albatros et on y trouve 60 tonnes d’oiseaux par km² !

L’île d’Amsterdam abrite quant à elle la plus grande population d’albatros à bec jaune au monde ainsi que la seule population d’albatros d’Amsterdam, espèce endémique de l’île dont l’unique site de reproduction actuel est le Plateau des Tourbières, à 600 m d’altitude.

Les Mammifères les plus courants à Crozet et Kerguelen sont les éléphants de mer. L’île d’Amsterdam accueille quant à elle des colonies impressionnantes d’otaries. Les latitudes subantarctiques sont très fréquentées par les Cétacés, qui y trouvent une nourriture abondante. Aux abords des côtes, on peut apercevoir des rorquals, des dauphins de Commerson ainsi que des orques (ou épaulards).

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Amsterdam Cyprien Griot 2018

La faune des invertébrés terrestres des îles Kerguelen et Crozet est caractérisée par un petit nombre d’espèces autochtones (69 espèces) et introduites (36 espèces). On compte principalement des insectes (85 espèces), des arachnides (16 espèces), des vers de terre (7 espèces) et des gastéropodes (3 espèces). 

A ces groupes s’ajoute la microfaune du sol composée pour l’essentiel de collemboles et d’acariens, encore peu étudiée actuellement. Les espèces vivent surtout à basse altitude (<100m) et notamment le long du littoral, tirant leur nourriture de la végétation et des colonies d’oiseaux et de mammifères marins. En réponse à l’environnement subantarctique, les espèces autochtones ont développé des adaptations biologiques particulières dont la plus remarquable est la perte de la fonction de vol des insectes. On y observe ainsi des papillons aux ailes réduites ou des mouches sans ailes que les premiers visiteurs avaient prises pour des fourmis. 

A l’origine, cette faune était composée essentiellement d’espèces se nourrissant de matière organique morte (issue de plantes, d’algues, de cadavres, de guano). L’introduction d’espèces phytophages (pucerons) et prédatrices (carabes, araignées) a modifié sensiblement le fonctionnement de ces écosystèmes insulaires fragiles.