Conséquences du confinement prolongé sur le système immunitaire dans les îles sub-antarctiques
L’isolement prolongé dans des environnements extrêmes, tels que les stations antarctiques ou les missions spatiales, est associé à des altérations significatives du système immunitaire, incluant une augmentation des infections et des réactivations virales (notamment des Herpesviridae). Ces modifications immunitaires concernent à la fois l’immunité innée et adaptative, et pourraient résulter de facteurs de stress multifactoriels tels que le stress psychologique chronique, la perturbation des rythmes circadiens et les contraintes environnementales. Malgré l’accumulation de données issues des vols spatiaux et des missions d’hivernage en Antarctique, un profilage immunitaire approfondi fait encore défaut pour mieux comprendre la physiopathologie de l’adaptation immunitaire en situation d’isolement prolongé.
L’étude CHOICE Kerguelen vise à caractériser les conséquences immunitaires d’un isolement d’un an dans les îles Kerguelen, territoire subantarctique français. Cette étude prospective inclura des volontaires en service civique en bonne santé, stationnés à Port-aux-Français de novembre 2025 à novembre 2026, en collaboration avec l’Institut polaire français (IPEV), le CHU d’Angers et l’équipe du Pr Alexander Chouker à la LMU de Munich. Des données cliniques, environnementales et immunologiques seront collectées à cinq points : avant le départ et tous les trois mois pendant l’hivernage.
Un large panel d’échantillons biologiques (sang, salive, selles, urine, cheveux) seront prélevés pour évaluer l’évolution des populations cellulaires immunitaires (par cytométrie en flux et RNAseq), des profils inflammatoires (panels de cytokines), des réactivations virales (EBV, CMV, HSV, TTV), des hormones du stress, et de la composition du microbiote fécal.
Un objectif secondaire sera de dépister une éventuelle infection asymptomatique à H5N1, dans le contexte de l’épidémie de grippe aviaire affectant actuellement les oiseaux et les mammifères marins dans les écosystèmes subantarctiques.
Nous faisons l’hypothèse qu’un isolement prolongé à Kerguelen induit un profil immunitaire proche de l’inflammaging, avec une dérégulation de l’immunité innée et adaptative qui pourrait être corrélée aux marqueurs de stress. Cette étude contribuera à une meilleure compréhension des mécanismes d’adaptation immunitaire en conditions extrêmes et pourrait avoir des implications plus larges dans la gestion de la vulnérabilité immunitaire chez les patients atteints de pathologies chroniques.