À la recherche de la mouette ivoire : une espèce sentinelle du changement climatique dans les zones les plus menacées et les plus reculées du Groenland – Phase III
Les espèces vivant dans l’Arctique sont confrontées à de profonds changements environnementaux. Prédire l’impact de ces changements sur les espèces endémiques de l’Arctique nécessite une bonne compréhension de leur biologie et de leur écologie. Un nombre limité d’espèces arctiques associées à la glace de mer peut agir comme espèces sentinelles de ces changements globaux. C’est le cas de la Mouette ivoire (Pagophila eburnea), une espèce qui accomplit entièrement son cycle de vie dans l’Arctique et qui doit donc directement faire face aux changements profonds qui affectent les pôles. Ce projet fait suite à deux phases précédentes (Ivory-1 et Ivory-2) de notre programme de recherche à long terme axé sur les populations de mouettes ivoires dans le nord du Groenland, dans un contexte de changement climatique et autres modifications environnementales. Lors des deux premières phases de notre projet, (i) nous avons combiné des informations génétiques et génomiques pour déduire la trajectoire démographique récente et la structure génomique des populations, (ii) nous avons utilisé le suivi par GPS pour déduire les mouvements et la sélection de l’habitat des mouettes ivoires, et (iii) nous avons documenté la contamination au mercure et les risques potentiels pour la santé des mouettes ivoires dans des études comparatives et méta-analyses. Nous avons également exploré de façon tout à fait préliminaire la charge en contaminant de l’espèce dans ses derniers bastions de reproduction groenlandais. Dans cette nouvelle phase, notre objectif est d’élargir nos investigations sur la démographie, la structure sociale des colonies et la charge en contaminants de cette espèce arctique en relation avec sa position trophique. Sur la base des résultats obtenus, dans cette troisième phase, nous avons l’intention de poursuivre ce travail en améliorant et en étendant les informations collectées afin de répondre à certaines de nos questions ouvertes (en particulier sur la démographie, la survie des adultes et la relation entre la position trophique et la charge en contaminants) et d’en développer de nouvelles, en particulier sur la structure sociale, le comportement de reproduction, la dispersion et les causes et conséquences du sex-ratio inattendu observé chez l’espèce (environ 70 % de mâles). Dans l’ensemble, l’approche complémentaire que nous voulons développer dans ce projet de suivi à long terme devrait produire des informations biologiques fondamentales pour la conservation de la mouette ivoire, faisant de cette espèce une sentinelle des changements environnementaux dans les zones les plus menacées et reculées du Groenland.