Cycle de vie des éléphants de mer austraux : variabilité phénotypique de leurs adaptations aux contraintes environnementales et aux plongées profondes
Les changements climatiques et environnementaux influencent la dynamique et la structure des écosystèmes marins, ce qui affecte la distribution et l’abondance des espèces marines. Les éléphants de mer austraux (Mirounga leonina), alternant entre périodes de recherche de nourriture en mer et périodes de jeûne sur terre, peuvent être particulièrement affectés par cette variabilité. Lors de la reproduction et de la mue sur terre, ils peuvent être exposés à un stress thermique excessif, tandis que les ressources alimentaires peuvent s’approfondir et/ou se déplacer plus au sud avec le réchauffement rapide de l’océan Austral. Des différences d’histoire de vie, de comportement et de phénotype peuvent conduire à des différences de fitness entre les individus, c’est-à-dire des différences de performances ou de qualité individuelles. De fortes différences interindividuelles sont observées dans les lieux de recherche de nourriture, les aptitudes de plongée et les performances de recherche de nourriture. Ces différences sont-elles liées au statut immunitaire individuel, aux performances métaboliques ?
Ce projet est le complément de recherche de l’Observatoire des Phoques Austraux (projet IPEV 1297) qui englobe les composantes écologiques (SEE-Life éléphant de mer) et océanographiques (SNO-MEMO). Ce projet initié en 2004, vise à collecter des données océanographiques in situ tout en étudiant le comportement alimentaire de ces phoques, et s’appuie sur la plasticité phénotypique de recherche de nourriture et de plongée des phoques.
Dans ce contexte, nos travaux visent à 1) relier les conditions environnementales, les contraintes énergétiques et la qualité individuelle (i.e. « santé cérébrale », statut immunitaire et métabolique) d’un prédateur marin au cours de son cycle de vie, en alternant périodes de recherche de nourriture et de jeûne ; et 2) explorer si les stratégies individuelles liées aux traits phénotypiques et à la qualité individuelle seraient liées au succès de la recherche de nourriture, à la vitesse de mue et, in fine, aux composantes énergétiques et de fitness.
En explorant à la fois les facteurs immédiats (physiologiques, immunitaires, comportementaux, stratégies énergétiques et santé cérébrale) et ultimes (succès de recherche de nourriture, succès de reproduction, taux de mue) des individus, ce travail contribue à notre compréhension de : i) la manière dont les facteurs de stress environnementaux influencent la capacité métabolique des individus à se nourrir et à se reproduire, ii) l’utilisation et la validation de nouveaux biomarqueurs sanguins en relation avec la qualité individuelle et la plongée profonde pour le suivi de la population à long terme, et iii) comment les stratégies de recherche de nourriture et de plongée pourraient être influencées par la qualité individuelle et les traits phénotypiques, afin d’explorer les conséquences possibles pour les adaptations de la population à long terme.