SEE-Life : Observatoire à long-terme du manchot royal : Ecophysiologie, Comportement, Croissance et Succès Reproducteur
L’environnement de la Terre change à un rythme sans précédent et les effets des changements globaux sont encore plus marqués dans les écosystèmes polaires. Comprendre dans quelle mesure les animaux polaires peuvent être résilients aux changements actuels nécessite une double approche. D’une part, le suivi démographique des colonies d’oiseaux marins permet d’obtenir des informations cruciales sur les mécanismes affectant les performances des colonies, allant des changements dans les processus océanographiques à la disponibilité et la qualité des ressources marines. D’autre part, une connaissance détaillée des réponses et adaptations physiologiques et comportementales des oiseaux marins (et de leurs limitations) pour faire face à leur environnement unique (i.e. une vie partagée entre des périodes en mer et sur terre) est nécessaire pour comprendre et prédire si, et dans quelle mesure, les individus et les populations seront capables de faire face (ou non) aux changements environnementaux en cours.
Le projet polaire ECONERGY #119 a une longue histoire dans l’étude de l’écophysiologie comportementale des manchots royaux, et dans la compréhension du caractère adaptatif des réponses physiologiques et comportementales à l’environnement (https://ipev119.wixsite.com/econergie119). Au cours des dix dernières années, le projet a évolué d’approches expérimentales ponctuelles vers un cadre d’observatoire à long terme de la biologie des manchots royaux, reconnu aujourd’hui par le label CNRS SEE-Life. Le but de cette demande de renouvellement est de poursuivre le suivi annuel détaillé de la biologie des manchots royaux dans l’archipel de Crozet, en particulier pour éclaircir : 1. L’impact des conditions climatiques (notamment les vagues de chaleur) sur la physiologie, le comportement, la croissance et le succès reproducteur des manchots royaux ; 2. L’hétérogénéité existant dans l’environnement de reproduction terrestre et ses conséquences sur la biologie des manchots royaux ; 3. Les interrelations entre les performances des manchots royaux en mer et sur terre ; 4. L’utilisation potentielle de la télédétection et de l’IA pour étudier la biologie des manchots à une échelle géographique plus large.
À cette fin, un suivi annuel détaillé de 50 à 60 couples reproducteurs dans des zones contrastées de la colonie continuera d’être mené, ce qui inclut la collecte de données phénologiques, de traits d’histoire de vie, de données comportementales et physiologiques sur les adultes reproducteurs et leurs poussins. Un sous-échantillon des adultes reproducteurs sera également équipé de biologgers pour étudier leurs performances et comportements en mer, en collaboration avec le projet IPEV #394. Les caméras en time-lapse et les stations météorologiques déjà installées seront étendues pour recueillir un maximum d’informations biotiques et abiotiques dans trois colonies de manchots royaux (en collaboration avec le projet IPEV #1258 et l’Université d’Oxford), y compris la colonie dans laquelle nous réalisons notre suivi annuel détaillé.
Un tel suivi détaillé à long terme est crucial pour comprendre pleinement les menaces auxquelles les populations de manchots royaux sont confrontées dans le contexte des changements environnementaux rapides (e.g. les vagues de chaleur), et pour mieux prédire l’avenir de cette espèce en fonction de ses réponses physiologiques et comportementales aux contraintes environnementales.